Un nouveau rapport de l’EMCDDA souligne la nécessité de renforcer les services de lutte contre la drogue dans les prisons

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(25.06.2021, LISBONNE) Les connaissances actuelles et les défis futurs en matière de drogue et de prison en Europe sont examinés aujourd’hui dans une nouvelle étude majeure publiée par l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (EMCDDA)(1). Publié à la veille de la Journée internationale contre l’abus et le trafic de drogues, le rapport examine de manière approfondie un large éventail de questions en milieu carcéral, notamment la consommation et les dommages liés à la drogue, les réponses sanitaires et sociales et l’offre de drogue. Il note que si, dans plusieurs pays européens, les services en prison pour les personnes ayant de problèmes de drogue ont augmenté, les possibilités de traitement et de soins dont dispose ce groupe restent limitées et doivent être renforcées.

Chaque jour, plus de 856 000 personnes sont emprisonnées en Europe. Les détenus sont plus susceptibles que leurs pairs de consommer de la drogue, de consommer régulièrement de la drogue ou de connaître des problèmes liés à la drogue. Ils présentent également des taux plus élevés d’infection par le VIH, le virus de l’hépatite B (VHB), le virus de l’hépatite C (VHC) et la tuberculose. Pour les consommateurs d’opiacés par injection, le risque de décès par surdose augmente sensiblement au cours de la période initiale qui suit leur libération. Étant donné que les personnes en prison viennent de la communauté et finissent par y retourner, les interventions mises en œuvre dans ce cadre sont susceptibles d’avoir un impact significatif sur la santé publique en général.

Comme le souligne Alexis Goosdeel, directeur de l’EMCDDA: «Il est essentiel que nous comprenions bien les habitudes et la prévalence de la consommation de drogue au sein de la population carcérale et que nous identifiions les types de réponses disponibles et les plus efficaces. Souvent, c’est en prison que les consommateurs de drogues ont accès pour la première fois aux services sociaux et de santé. Le présent rapport met en lumière certains des défis, mais aussi les possibilités qui se présentent dans ce contexte d’intervenir et de fournir un soutien pour réduire les dommages liés à la drogue. Il décrit également la manière dont les outils de l’EMCDDA contribuent à renforcer le suivi, à échanger les meilleures pratiques et à informer les pays dans leurs décisions politiques et la planification des services dans ce domaine».

L’importance du milieu carcéral pour lutter contre les problèmes de drogue est soulignée dans la nouvelle stratégie antidrogue de l’UE 2021-2025 (2), qui comprend une priorité stratégique visant à répondre aux besoins sanitaires et sociaux des personnes qui consomment de la drogue en prison et après leur libération. L’EMCDDAa élaboré un cadre méthodologique pour le suivi des drogues dans ce contexte, y compris des outils tels que le questionnaire européen sur la consommation de drogue chez les détenus (EQDP).

Sur la base des données de 30 pays, le rapport publié aujourd’hui présente les dernières évolutions dans le domaine de la drogue et de la prison, en identifiant les lacunes en matière de connaissances et leurs implications pour les politiques, les pratiques et la recherche.

Principales conclusions

  • Les usagers de drogues sont surreprésentés en prison et la prévalence des problèmes liés à la drogue dans cette population est nettement plus élevée que dans la population générale.
  • Les femmes incarcérées sont particulièrement vulnérables et exposées au risque dusage problématique de drogues.
  • Bien que de nombreuses personnes cessent de consommer de la drogue lorsqu’elles entrent en prison, certaines continuent ou commencent à consommer de la drogue dans ce cadre. La consommation de drogue en prison est indiquée par les 11 pays qui communiquent des données sur ce sujet.
  • La consommation de nouvelles substances psychoactives en prison a représenté un défi croissant ces dernières années, en particulier la consommation de cannabinoïdes de synthèse.
  • Les nouvelles technologies sont de plus en plus utilisées pour faire parvenir les drogues en prison (par exemple, les livraisons par drone), mais elles sont également utilisées pour restreindre l’offre (par exemple, les nouvelles technologies de scannage pour examiner le contenu des envois postaux).
  • Les personnes en prison ont une santé physique et mentale et un bien-être social inférieurs à ceux de leurs pairs au sein de la communauté et une espérance de vie moindre.
  • Si les conditions carcérales peuvent avoir une incidence négative sur la santé déjà fragile des personnes qui consomment des drogues, il s’agit également d’établissements qui peuvent fournir des services de santé à ceux qui étaient auparavant difficiles à atteindre.
  • Un traitement de substitution aux opiacés est disponible en prison dans 29 des 30 pays, mais, dans la plupart des pays, la couverture dans ce contexte est faible.
  • L’accès au dépistage et au traitement des maladies infectieuses est disponible dans la plupart des pays, bien que la couverture devrait être étendue. D’autres interventions de réduction des risques (programmes d’échange d’aiguilles et de seringues, naloxone à emporter à domicile à la sortie de prison, par exemple) sont disponibles dans quelques pays.
  • Des alternatives aux sanctions coercitives ont été mises en œuvre dans de nombreux pays européens. Le fait de détourner vers la réhabilitation les personnes en prison ayant un usage problématique de drogues peut avoir un certain nombre d’effets positifs (par exemple, éviter les effets néfastes de la détention et contribuer à réduire les coûts du système pénitentiaire).
  • Garantir l’équité et la continuité des soins, étant donné que les personnes se déplacent entre la prison et la communauté, est essentiel pour obtenir des résultats de traitement durables et efficaces, mais cela n’est pas constaté dans la plupart des pays. Il est nécessaire d’intensifier les interventions liées à la drogue dans les prisons, qui se sont avérées efficaces dans d’autres contextes.
  • Si la base de données factuelles augmente progressivement, il est nécessaire d’améliorer la comparabilité des données entre les pays et de réaliser davantage d’études sur les résultats des interventions ciblant la demande et la réduction de l’offre en prison.

Accéder au rapport

Notes

(1) Prison and drugs in Europe: current and future challenges. Disponible en anglais.

Le rapport intéressera les décideurs politiques et leurs conseillers, les spécialistes et les praticiens, les chercheurs et les scientifiques, ainsi que toutes les personnes concernées par la question des drogues et des prisons. Pour en savoir plus sur cette question, voir la page thématique sur les prisons de l’EMCDDA 

(2) Stratégie antidrogue de l’UE 2021-2025 / Plan d’action drogue de l’UE 2021-2025

Cette année, le thème de la Journée internationale contre l’abus et le trafic de drogues est «Partager des faits sur la drogue, sauver des vies». #ShareFactsOnDrugs. En savoir plus.

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