Elimination de l’hépatite C pour 2030: les décideurs doivent être au rendez-vous!

Les progrès dans la prise en charge de l’hépatite C sont considérables depuis l’arrivée des nouveaux traitements antiviraux. Cette maladie potentiellement mortelle du fait de complications hépatiques graves peut aujourd’hui être traitée et guérie avec des médicaments particulièrement efficaces et très bien tolérés. Cette révolution thérapeutique permet d’envisager l’élimination de cette maladie. C’est le cap fixé par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) pour 2030, un objectif que la Belgique s’est engagée en 2016 à atteindre (1). Pourtant, sans mesures concrètes d’ordre politique, notre pays n’atteindra pas cet objectif selon les experts belges (2).

Repenser l’accès aux soins des publics qui en sont exclus

L’objectif de l’OMS ne sera atteint que si toutes les personnes concernées par cette infection sont dépistées et traitées. Cela concerne la population générale, sans oublier les usagers de drogues, la population carcérale et les migrants. Ces publics ne bénéficient que trop peu de ces avancées thérapeutiques, car ils sont en marge des soins. Ils sont pourtant très concernés par cette infection. Or les obstacles à franchir dans notre système de soins sont nombreux et trop souvent insurmontables lorsque l’on vit en situation de précarité. Concernant le milieu carcéral, l’hépatite C ne fait pas exception : il n’y a pas d’équivalence de soins entre l’intérieur et l’extérieur de la prison.

Répondre à l’objectif de santé publique d’élimination de cette maladie nécessite donc une réflexion en profondeur sur les inégalités d’accès aux soins. Cela nous oblige à repenser l’offre de soins afin d’en améliorer l’accès aux plus fragiles, et ce dans l’intérêt général.

Regard de la société et impact sur les soins

Les publics précaires sont derrière un mur : symbolique pour les uns, symbolique et physique pour les autres. On retrouve en trame de fond le discours collectif stigmatisant qui existait dans les années sida, avec une conséquence sur les soins dans la mesure où ce discours est partagé par certains soignants. Le coût excessif des traitements antiviraux imposés par l’industrie pharmaceutique renforce cette approche stigmatisante. La question sous-jacente est : doit-on dépenser de l’argent pour des gens qui se sont contaminés par des pratiques condamnées socialement comme la consommation de produits illicites ou leur passage en milieu carcéral ?

La réponse est OUI. Traiter tous les citoyens concernés par l’hépatite C est la seule solution pour parvenir à éliminer cette maladie. C’est, en plus, « coût-efficace » pour notre société. En effet le coût en soins de santé lié aux complications de l’hépatite C non traitée est supérieur au coût du traitement de l’ensemble des personnes infectées. Il y a donc une convergence des intérêts économiques avec ceux de la santé et des droits humains.

Une opportunité de réaffiliation vers les soins

Par ailleurs, pour de nombreux patients fragilisés, le traitement et la guérison de l’hépatite C constituent une expérience positive et valorisante avec un impact global sur la personne qui dépasse le seul traitement de la maladie virale. Pour certains, ce retour aux soins constitue un levier thérapeutique important avec des conséquences favorables sur leurs consommations tant de produits illicites que d’alcool. Cela amorce d’autres prises en charge et contribue ainsi à la ré-affiliation plus globale de la personne dans le système de soins et donc dans la société.

Un engagement qui appelle à des réponses politiques urgentes

En Belgique, environ 18.000 personnes seraient encore concernées par cette maladie. Pourtant beaucoup l’ignorent encore, car elle reste longtemps silencieuse. Des mesures concrètes s’imposent pour permettre à la Belgique de combler son retard et atteindre l’objectif fixé par l’OMS. Nous, professionnels du secteur social-santé, appelons les autorités publiques à adopter sans attendre des mesures concrètes pour éliminer l’hépatite C :

  • Renforcer la sensibilisation du grand public.
  • Faciliter le dépistage des publics vulnérables en démédicalisant les Tests Rapides d’Orientation Diagnostique.
  • Proposer le dépistage systématique en milieu carcéral et traiter les prévenus et les détenus concernés.
  • Renforcer les équipes travaillant auprès des publics vulnérables pour renforcer dépistage et accompagnement.
  • Simplifier les critères de remboursement et les modalités de prescription des antiviraux.
  • Travailler à la diminution des coûts excessifs des traitements imposés par l’industrie pharmaceutique (entre 20.000 et 30.000 euros par patient).
  • Améliorer l’accès aux soins en milieu carcéral : pour cela le transfert des compétences de la justice vers la santé est le prérequis indispensable.
  • Accorder des soins de santé équivalents aux demandeurs d’asile en alignant les critères de remboursement des antiviraux aux critères en vigueur dans la population générale.

Enfin, le nombre de morts du sida avait en son temps conduit les décideurs à des changements en matière de politique des drogues avec l’implémentation des dispositifs de Réduction Des Risques. Nous espérons que l’objectif de l’élimination de l’hépatite C et la prévention des réinfections pèsera dans le réexamen prochain de la loi de 1921 (3) et que la perspective du soin sera prise en compte.

Les exemples de certains pays voisins comme l’Écosse et la France qui ont fait de l’élimination de l’hépatite C une priorité de santé publique nous démontrent que cela est possible. Les décideurs belges doivent être au rendez-vous. La perspective est stimulante et historique : l’enjeu est l’élimination d’une maladie.

Signataires

Alias asbl, AMA – Fédération des maisons d’accueil et des services d’aide aux sans-abri, ARTHA (équipe mobile), BeNSHU (Belgium Network on Hepatitis in Substance Users), Espace P. asbl, BruZelle asbl, C.A.P Fly asbl, CAAT asbl, Coalition belge contre le VHC, COMBO (équipe mobile), Conseil Bruxellois de Coordination Sociopolitique (CBCS), DUNE asbl, ENADEN asbl, Exaequo asbl, Fédération des Centres Pluralistes de Planning Familial (FCPPF), Fédération des centres pluralistes de plannings familial asbl (FCPPF), Fédération des maisons médicales (FMM), Fédération Laïque de Centres de Planning Familial asbl (FLCPF), FEDITO BXL asbl, Fédération bruxelloise des Institutions pour Détenus et Ex-Détenus asbl (FIDEX), Free Clinic VZW Antwerpen, Genres pluriels asbl, GIG – Gezondheidspromotie bij Injecterend Gebruik, I.Care asbl, Interstices asbl, La Trace asbl, Le Projet Lama asbl, Ligue Bruxelloise pour la Santé Mentale (LBSM), Ligue des droits humains asbl (LDH), MASS de Bruxelles (Maison d’Accueil Socio Sanitaire de Bruxelles), Médecins du Monde Belgique, Modus Vivendi, Namur Entraide Sida asbl – Comptoir « l’Echange”, O’Yes asbl, Plateforme Prévention Sida, Prospective Jeunesse asbl, R.A.T asbl (Réseau d’Aide aux Toxicomanes), Réseau Alto asbl, Réseau Hépatite C – Bruxelles asbl et SAMPAS, Réseau Hépatites Liège, START MASS de Liège, Samusocial brussels, Sida Sol asbl Liège, SIDA-IST Charleroi-Mons asbl, SMES, Transit asbl, Univers Santé asbl, UTOPIA_BXL asbl.

Références

(1) OMS, juin 2016, « Stratégie mondiale du secteur de la santé contre l’hépatite virale 2016-2021 : vers l’élimination de l’hépatite virale ».

(2) Coalition Belge contre le VHC, octobre 2020, « La Belgique sans Hépatite à l’horizon 2030 : Document de vision ».

(3) Loi belge du 24 février 1921 relative aux stupéfiants.

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