Tensions dans les quartiers à Bruxelles: le cercle vicieux lié au trafic de stupéfiants (RTBF)

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A Ixelles, un travail de prévention a pourtant été mené, avant le confinement.  » On a fait plein de réunions de prévention « , explique Christos Doulkeridis, bourgmestre d’Ixelles.  » Avec des associations, avec les habitants qui sont concernés, avec la police, pour tenter d’essayer de régler ces tensions dans le dialogue. Mais on voit bien que ça ne va pas très loin. La raison, c’est parce que derrière tout ça, il y a du fric, il y a un trafic et donc des personnes se comportent comme si elles protégeaient un quartier et leur trafic de stupéfiants « . 

La commune continuera le travail de prévention, les dispositifs de soutien à l’école, au logement, à l’emploi, la prévention, etc. Mais  » il faut aussi s’attaquer à ce trafic de stupéfiants de manière sérieuse, sinon c’est peine perdue ! » analyse le bourgmestre. 

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Le risque, c’est donc que d’un côté, les tensions montent en puissance dans ces quartiers. Mais de l’autre, sur le front du trafic de stupéfiants, rien ne dit que la répression donnera des résultats. Au contraire. « C’est un cercle vicieux dont il est compliqué de sortir », explique Christine Guillain, professeure de droit pénal à l’université Saint-Louis. « Quand l’on rajoute de la répression, les milieux mafieux rivalisent d’imagination pour échapper à la police. On voit bien ce qui se passe à Anvers: une explosion de violences. C’est sans fin ». Par ailleurs,  » on n’attrape jamais les gros trafiquants, mais toujours les petits poissons « .

Alors quelle solution ? La décriminalisation des activités liées à la consommation de drogues, selon Christine Guillain, et jouer la carte de la réglementation. « Quand l’Etat réglemente et prend en charge la vente, il y aura une diminution drastique de la criminalité liée à la drogue, mais cela ne résoudra pas tous les problèmes »  

Certains pays expérimentent ce changement de paradigme, comme le Portugal, le Canada, ou certains Etats américains. Faire sortir la consommation de drogues du champ de la sécurité, en faire une question de santé.

En Belgique, on en est loin. Selon des chiffres de la police fédérale qui datent de 2016, la drogue représente le premier phénomène en termes d’arrestations judiciaires et le deuxième en termes de capacité d’enquête (après le terrorisme).  » La moitié de la population carcérale est liée à des contentieux en matière de drogue », tandis que la détention de stupéfiants représentait 70% de l’ensemble des faits enregistrés par la police en 2018 « , relève enfin Christine Guillain.

Source / lire l’article : Tensions dans les quartiers à Bruxelles: le cercle vicieux lié au trafic de stupéfiants (RTBF, 6/12/2020)

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