A l’heure de lire les programmes politiques…

Édito mai 2019 | Comme illustré par son dernier mémorandum, la Fedito Bxl se veut politique, et ce depuis longtemps. Et pour cause, les cadres législatifs et juridiques, en plus des donnés budgétaires, déterminent l’existence de certaines structures, la viabilité de certains projets, ou encore les trajectoires des usagers de drogues. Davantage que pour de nombreux secteurs inscrits dans la santé, tout l’enjeu est que ces trajectoires soient moins des trajectoires d’exclusion, et davantage d’inclusion et de santé publique. A moins de 30 jours des prochaines élections régionales, législatives et européennes, il est donc intéressant d’étudier les programmes politiques, spécifiquement en matière de drogues…

A l’heure d’écrire ces lignes, SP.A, CD&V et Open VLD n’ont publié que divers positionnements, et pas leurs programmes complets : ils ne sont donc pas pris en compte dans cette rapide analyse.

Le plus facile sera de commencer par ceux qui restreignent leur « politique drogues » à un ou deux axes forts. Sur la page programme de la N-VA, il n’y a pas de chapitre santé auprès de ceux consacrés notamment au confédéralisme, à l’immigration et à la sécurité : la politique drogues de la N-VA est donc intégralement versée dans la sécurité. Elle est marquée par les principes de la tolérance zéro et la mise en place de « Drug Courts » donnant une occasion de traitement à la personne qui serait condamnée. A défaut d’acceptation de ce traitement, la peine s’applique.

Cette vision est, somme toute, assez proche de celle du Vlaams Belang, qui se base principalement sur l’obligation de traitement, en plus de campagnes de prévention auprès d’écoles et d’associations de jeunesse. Les propositions du Parti Populaire s’en approchent même si elles sont assez peu détaillées.

Face à la demande de drogues, l’Open VLD base sa politique sur la prévention et le traitement, ainsi que sur les drug courts. Il n’est fait référence à aucun renforcement, même si, de facto, le soutien aux drug courts appellerait à un investissement conséquent puisque seule celle de Gand est encore effective.

Tous les autres programmes des partis politiques étudiés (cdH, Défi, Ecolo, Groen, MR, PS, PTB/PVDA) soutiennent le renforcement du traitement et de la prévention, le plus souvent dans un cadre de promotion de la santé. Ils soutiennent notamment des évolutions, fortes ou moins fortes, des cadres en vigueur concernant l’alcool et le tabac.

Si nous nous penchons alors sur le « troisième pilier », celui de la réduction des risques, force est de constater que cela reste davantage soutenu du côté francophone : du côté néerlandophone, seul le PVDA (en commun avec le PTB) y fait une référence de manière explicite et dans le contenu, Groen se limitant à l’information sur les risques.

A l’inverse, la plupart des partis francophones soutiennent les stratégies de réduction des risques ou au moins une de ses applications qui dépasserait la « simple » information. Le MR, par exemple, soutient les Stéribornes, alors que le cdH (qui ne mentionne pas explicitement la « rdr ») défend la mise en place de salles de consommation à moindre risque. Défi, Ecolo, PS et PTB/PVDA ont des programmes plus ambitieux en matière de réduction des risques, notamment via les SCMR, les bornes, et le testing.

Au niveau législatif, seuls trois partis réfèrent explicitement à la loi de 1921, pourtant nécessaire pour parvenir à un régime de décriminalisation de l’usage de drogues. Défi et le PS s’engagent à évaluer l’opportunité ou la possibilité de revoir en profondeur la loi de 1921. Seul le PTB/PVDA revendique explicitement et directement cette révision.

Néanmoins, ces trois partis sont rejoints par d’autres, en l’occurrence Ecolo et Groen, lorsqu’il s’agit de penser la légalisation et la réglementation du cannabis. Ce sont donc cinq partis politiques, relevant des diverses gauches francophones et néerlandophones et du libéralisme social, qui prennent donc acte des évolutions majeures observées en Amérique et attendues en Europe.

Ces cinq partis sont rejoints par un sixième, en l’occurrence le cdH, concernant le cannabis thérapeutique. A noter toutefois que, sciemment ou non, le cannabis thérapeutique a été « oublié » du programme du MR, alors que ce dernier est à l’initiative, avec le CD&V et l’Open VLD, du Bureau du Cannabis permettant une production belge de cannabis à visée thérapeutique.

Comme quoi, les programmes politiques ne disent pas tout, même s’ils donnent un éclairage…

Sébastien ALEXANDRE
Directeur
FEDITO BXL asbl

Article édité le 15 mai pour prendre en compte la position de l’OpenVLD, suite à la publication de son programme.

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