Drogues et salles de consommation à moindre risque : l’affaire de tous.

Édito mars 2018 | Les salles de consommation à moindre risque, l’affaire uniquement des usagers de drogues ? Loin de là : ces dispositifs, encore inexistants en Belgique mais présents dans tous ses pays limitrophes, concernent tous les professionnels du social / santé. Les salles de consommation à moindre risque (SCMR) permettent de réduire les inégalités et de renforcer la santé. Un Jeudi de l’Hémicycle sera consacré à la question au Parlement francophone bruxellois le 29 mars prochain.

On le sait, les inégalités sont de plus en plus criantes, qu’elles soient économiques, sociales, de santé, etc. Chaque jour, des milliers de professionnels du social / santé tentent de les réduire, et diminuer la portée des désaffiliations, des chutes et des drames sociaux. Et pourtant, il y a encore des publics qui passent sous le radar, et qui ne sont en connexion avec presque aucun dispositif du social / santé ; c’est notamment le cas des usagers de drogues les plus désinsérés.

On le sait, seule une petite partie de ces personnes entrent en contact avec les services de première ligne, les comptoirs d’échange de seringues, les centres de crise ou encore les dispositifs à bas seuil d’accès. Parfois, les dispositifs à (très) bas seuil ont encore un seuil trop élevé. Souvent, les services de première ligne ont les plus grandes difficultés à accueillir un public largement désaffilié. Toujours, les comptoirs d’échange de seringues sont limités dans leur action, car n’étant légalement habilités qu’à la distribution de matériel de réduction des risques.

Le paradoxe est entier : les comptoirs d’échange de seringues ont pour mission de distribuer du matériel stérile d’injections, et ce notamment pour réduire les risques liés au sida, à l’hépatite C et à des infections diverses. C’est au bénéfice des usagers de drogues mais aussi de la société toute entière, puisque ils aident à la contention de virus et réduisent l’importance de diverses infections. Vous et moi en bénéficions, au-delà des usagers de drogues.

Mais le paradoxe est entier, disais-je, car une fois le matériel stérile remis, le consommateur de drogues doit sortir du comptoir, pour consommer ailleurs, dans son lieu de vie, parfois en appartement, souvent en rue, dans le métro, derrière un buisson… A même le sol, crasseux, pouilleux… On connaît mieux, comme endroit stérile.

Recevoir du matériel stérile d’injection, pour effectuer une injection dans un lieu non stérile, quelle est la logique ? C’est bien simple, il n’y en a pas. Ou alors, il ne s’agit que d’une logique fondée sur la morale et le refus de dépénaliser des comportements « déviants ».

Ainsi donc, le cadre législatif, non seulement pénalise les usagers de drogues, mais aussi empêche les professionnels de faire émerger des dispositifs pourtant nécessaires pour augmenter la santé publique et réduire les nuisances sociales. C’est ainsi que les professionnels ne peuvent légalement pas développer une salle de consommation à moindre risque, en ce que ces salles constitueraient une facilitation de la consommation.

En termes de « facilitation », ce n’est certainement pas celle de la consommation que permettent les SCMR, l’usager de drogues étant de toute façon prêt à consommer son produit en rue, dans les WC publics ou encore dans les stations de métro. La seule facilitation que permettent ces SCMR, c’est le contact, le lien, avec des dispositifs sociaux et de santé, pour le mieux-être d’usagers de drogues grandement précarisés, et pour celui de la société dans son entier.

SCMR de Luxembourg – Abrigado (CNDS asbl)

Une salle de consommation à moindre risque intégrée dans le réseau socio-sanitaire existant permettrait effectivement le lien et l’orientation vers l’ensemble du secteur spécialisé et des acteurs socio-sanitaires bruxellois, qu’ils soient ambulatoires, hospitaliers ou résidentiels. En cela, les salles de consommation à moindre risque permettraient de reconnecter la personne avec les acteurs socio-sanitaires, et par là d’augmenter la santé des personnes, réduire leur désaffiliation sociale, renforcer les droits humains.

Les salles de consommation à moindre risque sont loin d’être uniquement l’affaire des usagers de drogues. Elles sont aussi l’affaire de tous les professionnels du social / santé.

Elles sont aussi l’affaire de tous les politiques, et les partis DéFI, ECOLO et PS l’ont déjà compris. Le cdH vient de voter en leur faveur en Région Wallonne. Quant au MR, il aurait tout intérêt à comprendre que les SCMR réduisent aussi les nuisances sociales…

Usagers de drogues, politiques, professionnels du social / santé, mais aussi citoyens : ces acteurs seront réunis, le 29 mars prochain, dans le cadre du Jeudi de l’Hémicycle du Parlement bruxellois francophone.
Venez nombreux !


Cet édito a également été publié sous forme de témoignage sur le site du Guide Social.

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