Conseil supérieur de la santé : Avis 9396 sur le Jeu pathologique en Belgique

Dans cet avis scientifique sur la politique en matière de santé publique, le Conseil supérieur de la santé de Belgique émet des recommandations sur la prise en charge du jeu pathologique.

La Cellule Générale drogues a reçu le mandat de développer une vision coordonnée concernant la problématique du jeu en Belgique. Cette vision devait entre autres donner un aperçu des questions de recherche prioritaires concernant la prévalence et le soutien. Une fois ces questions identifiées, le Conseil Supérieur de la Santé a été sollicité pour répondre aux questions concernant le système d’aide.

Définition du jeu pathologique

Le jeu pathologique est défini dans la nouvelle version du Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders (DSM5) comme un trouble addictif, alors qu’il était auparavant considéré comme un trouble du contrôle des impulsions.  C’est une combinaison de facteurs personnels, environnementaux (disponibilité, acceptabilité) et liés au jeu (pourcentage de gain, délai entre la mise et le gain etc.) qui intervient dans le développement du jeu pathologique.

La prévalence du jeu pathologique

La prévalence du jeu pathologique est difficile à estimer car on dispose de peu de chiffres. C’est en effet une pathologie secrète, dont on ne parle pas, et peu de patients vont chercher de l’aide.

On parle en général d’une prévalence de 0,4 à 4,2% au cours de la vie. Les plus jeunes sont particulièrement à risque.

Les troubles liés aux jeux chez les jeunes

Une étude exploratoire réalisée à Bruxelles par la Clinique du jeu du CHU Brugmann a montré que 50,1% des jeunes avaient joué au moins une fois à un jeu de hasard ou d’argent les 6 mois précédent l’enquête. Cette étude se  base sur un échantillon de 2000 élèves francophones âges de 12 à 18 ans.

Il ressort également d’une étude de l’UC Leuven-Limburg que 23,5% des jeunes interrogés en Flandre et 34,3% de ceux en Wallonie ont déjà joué à un jeu en ligne ou via des médias numériques.

Par ailleurs, 6.1% des élèves de Wallonie qui avaient joué à un jeu de hasard l’année précédente et 3.1% de ceux de Flandre étaient joueurs problématiques. Cette étude montre aussi que ce sont surtout les paris sportifs qui sont achetés par les mineurs alors que c’est interdit aux moins de 18 ans.

Gestion de la problématique du jeu

Il existe peu de services spécialisés dans le jeu pathologique actuellement en Belgique, et cette offre est peu connue. Or, les troubles liés au jeu occasionnent d’importantes souffrances chez les joueurs (au niveau financier, relationnel, social et psychique, et plus de risques de suicide) ainsi que chez leurs proches et sont donc importants à traiter. Pour faciliter l’accès aux soins, il faudrait renforcer et mieux faire connaitre l’offre de soins disponible, et améliorer la détection précoce. L’offre de traitement en ligne, couplée à une aide professionnelle, peut aussi jouer un rôle important à cet égard. La prise en charge du jeu pathologique doit quant à elle être multidimensionnelle et prendre en compte les facteurs psychologiques, biologiques et sociaux, et utiliser les techniques motivationnelles et psychoéducatives.

Recommandations

Pour réduire les risques de jeu pathologique et améliorer l’accès et la rétention dans les soins, le CSS recommande que des mesures soient prises simultanément à différents niveaux (cette liste est non-exhaustive. Les recommandations complètes se trouvent à la page 26 de l’avis) :

1. Développer la recherche dans ce domaine :

  • par des études épidémiologiques et sociologiques (avec une attention particulière pour les jeux en ligne);
  • les données des opérateurs doivent pouvoir être contrôlées et utilisées par des chercheurs indépendants.

2. Mettre en place des mesures structurelles concernant l’offre de jeux :

  • interdire la publicité ;
  • réduire la disponibilité du jeu ;
  • réguler l’offre ;
  • rendre obligatoire pour les institutions de jeux la signalisation et l’orientation des joueurs qui semblent avoir un problème de jeu vers les soins.

3. Améliorer la connaissance de la dépendance aux jeux et de l’offre de soins disponible :

  • auprès des professionnels de première ligne
  • auprès de la population générale afin de réduire le tabou concernant les problèmes de jeu ;

4. Renforcer l’offre de soins existante :

  • perpétuer et élargir la gamme d’options de traitement avec une attention particulière pour le traitement en ligne.

Pour mettre en œuvre ces mesures, une collaboration entre différents secteurs (économie, justice, recherche, santé, affaires sociales etc.) est évidemment nécessaire.

L’avis, dans son intégralité, (n°9396) se trouve sur le site internet du Conseil Supérieur de la Santé : https://www.health.belgium.be/fr/avis-9396-jeu-pathologique

 

Résumé

Le jeu pathologique est défini dans le DSM5 comme un trouble addictif (non lié aux substances), alors qu’il était auparavant considéré comme un trouble du contrôle des impulsions. Les chiffres dont on dispose montrent une prévalence de 0,4 à 4,2 % au cours de la vie. La prévalence est difficile à déterminer car il n’y a pas assez d’études en la matière, que les joueurs ont peu accès aux soins, et qu’ils n’y sont pas correctement identifiés. Le jeu peut cependant avoir des conséquences importantes (au niveau financier, relationnel, social et psychique. Il y a aussi dans ce groupe des hauts taux de pensées suicidaires et de tentatives de suicide) et est donc important à traiter. Il y a actuellement un faible taux de traitement.

Il faut agir simultanément sur les différents facteurs qui interviennent dans le développement du jeu pathologique. Les joueurs sont particulièrement sensibles aux variables environnementales, et il est donc important de réduire la disponibilité des possibilités de jeu, ainsi que son attrait, entre autres en interdisant la publicité. Le type de jeu va également influencer le développement de dépendances au jeu, et il faut donc prendre des mesures structurelles concernant les caractéristiques du jeu pour réguler l’offre disponible et la rendre moins addictive. Au niveau individuel, on retrouve des dysfonctionnements neurobiologiques similaires à ceux identifiés chez les personnes dépendantes à l’alcool et autres drogues, ainsi que des processus cognitifs semblables. Il est donc important que le traitement soit axé sur les cognitions, afin de modifier le comportement. Le traitement doit par ailleurs prendre en compte le conditionnement, la vulnérabilité et/ou l’impulsivité qui dépendant du profil du joueur. Il doit aussi prendre en compte les comorbidités, fréquentes chez les personnes avec un problème de jeu, ainsi que les problèmes financiers. La recherche scientifique a permis de montrer que les thérapies cognitivo-comportementales étaient efficaces pour le traitement des troubles liés aux jeux, mais les études ont souvent de nombreuses limites et plus d’études sont donc nécessaires, également pour évaluer d’autres types de traitements. Il est donc surtout important d’avoir une approche multidimensionnelle et de partir des besoins de chaque joueur. Pour favoriser la rétention dans les soins il est aussi important d’avoir une approche motivationnelle et psychoéducative, et de développer des stratégies de prévention des rechutes (mesures de contrôle, auto-exclusion). Une pharmacothérapie (antagonistes aux opiacés) peut aussi être utile.

Il existe peu de services spécialisés dans la dépendance au jeu actuellement en Belgique, et cette offre est peu connue. Pour faciliter l’accès aux soins, il faudrait donc renforcer et mieux faire connaître l’offre de soins disponible. L’offre en ligne, couplée à une aide professionnelle, facilite l’accès aux soins et peut donc jouer un rôle important à cet égard. L’identification et l’intervention précoces devraient aussi être renforcées par une meilleure connaissance de la problématique chez les professionnels de première ligne et les services généraux de santé mentale. Enfin, la problématique du jeu et les possibilités d’aide devraient aussi être mieux connues des joueurs et les mécanismes d’auto-contrôle et la publication de messages durant le jeu doivent aider à ne pas perdre le contrôle. Des campagnes de sensibilisation et de déstigmatisation peuvent aussi être adressées au grand public.

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