Extension du domaine de nos luttes

Édito juin 2016 | « Failed state » : les mots ont été dits et répétés, tout au long des dernières semaines, par la presse nationale et internationale. La Belgique est désormais cataloguée, étiquetée, comme un Etat en faillite, désorganisé, dysfonctionnant.

Dans ce désordre, il y a encore un îlot qui fonctionne relativement bien : la Conférence Inter Ministérielle Santé, qui a récemment lancé les projets de soins intégrés pour malades chroniques.

L’heure est alors à l’extension du domaine de nos luttes. Il ne s’agit plus de penser nos missions de manière étroite et limitée. Il ne s’agit plus de déconnecter nos implications du contexte politique, économique et social. Il s’agit de reconnecter nos actions, les déterminants de nos actions, et les déterminants des causes de nos actions.

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« Failed state » : les mots ont été dits et répétés, tout au long des dernières semaines, par la presse nationale et internationale. La Belgique est désormais cataloguée, étiquetée, comme un Etat en faillite, désorganisé, dysfonctionnant.

Cela se voit, cela s’est vu, dans les affaires judiciaires, économiques, d’emploi, de mobilité, et dans bien d’autres politiques publiques. L’ordre est au désordre ; l’organisation, à la fragmentation.

Que notre Etat soit complexe, on ne le savait que trop bien. On parlait « mécano-institutionnel ». On maîtrisait, bon an mal an, les différences de compétences entre Etat fédéral, Régions, Communautés, Commissions Communautaires, provinces, communes, voire zones de police. On s’en gaussait même un peu. On ponctuait nos longues présentations d’un « si vous avez compris, c’est probablement que vous n’avez pas compris ». Et aux accusations, on a répondu en pointant le « Belgium Bashing » ou le « Brussels Bashing » (biffez le niveau de pouvoir inutile).

Et puis, on n’a plus ri, parce qu’un drame a eu lieu. Un voile de gravité s’est étendu…
Et puis, on s’est tu…
Parce que sans doute, il y a une part de vérité.
Parce que sans doute, la fragmentation doit être corrigée.

L’heure est aux responsabilités. Il y a eu une commission tunnels ; il y a une commission attentats ; il devrait y avoir une commission mobilité : comment expliquer le RER ?; il devrait y avoir une commission concertation sociale : comment en est-on arrivés à ce dialogue de sourds ? Il devrait y avoir une commission institutionnelle : comment expliquer cette fragmentation ? Comment l’assumer ? Comment la dépasser ?

Dans ce désordre, il y a encore un îlot qui fonctionne relativement bien : la Conférence Inter Ministérielle Santé. En février dernier, les ministres fédéral et régionaux compétents en Santé ont lancé une réforme ambitieuse, à savoir celle des soins intégrés pour les malades chroniques. L’objectif est triple : une population en meilleure santé ; une meilleure qualité des soins ; et une meilleure efficience.

On pourrait froncer les sourcils, et se dire que le focus sera mis sur le dernier des trois objectifs. On pourrait vouloir rejeter l’efficience, que le social / santé n’a jamais appréciée. Mais 80 % des dépenses publiques en santé sont déjà dédiées aux maladies chroniques. L’arrivée à la pension des baby-boomers, l’allongement de la vie, la précarisation de toutes les franges de la société, font peser de lourdes menaces sur ces budgets. Il ne faudra plus espérer avoir davantage ; il faudra faire mieux avec ce qu’on a. Désormais, la qualité des soins et la santé de la population, passera par l’efficience.

C’est difficile à entendre, et autant à écrire. Parce qu’en même temps, le gouvernement actuel n’a pas organisé un « tax shift » digne de ce nom. Parce qu’en même temps, le gouvernement précédent a organisé la radiation de milliers de bénéficiaires des allocations de chômage. Parce qu’en même temps, des dizaines d’associations pratiquent déjà l’efficience extrême, et luttent quotidiennement pour joindre les deux bouts.

L’heure est donc à l’extension du domaine de nos luttes. Et la FEDITO BXL a pris un rôle actif dans l’édification d’un projet destiné aux malades chroniques fragilisés, par des assuétudes, mais aussi par des problématiques de santé mentale, de handicap, de grande précarité, ou par leur langue ou leur culture.

L’heure est à l’extension du domaine de nos luttes, et il ne s’agit plus de penser nos missions de manière étroite et limitée. Il ne s’agit plus de déconnecter nos implications du contexte politique, économique et social. Il s’agit de reconnecter nos actions, les déterminants de nos actions, et les déterminants des causes de nos actions.

On connecte déjà beaucoup nos pratiques de réduction des risques, avec la logique de santé publique et le refus de la criminalisation des usagers de drogues. Mais à la lumière des résultats décevants de l’UNGASS 2016, c’est un fait : il y a encore un long chemin avant la décriminalisation de l’usager de drogues. Votre participation à l’action « Support, Don’t Punish », le 24 juin à 17.30 au Kiosque du Parc de Bruxelles, n’en sera que plus importante !

On connecte aussi nos pratiques en toxicomanie, avec d’autres opérateurs actifs sur le social / santé, et avec le refus de notre société excluante. Des centres intégrés socio-sanitaires se mettent en place, ainsi qu’une Plateforme Santé et le Plan Santé bruxellois. Si l’intégration devra être attentive à ne perdre aucun public dans un tout qui serait trop vague, elle constituera clairement une réponse à une fragmentation dissolvant les responsabilités de chacun.

Plus généralement, il faudra (continuer à) connecter nos pratiques cliniques, avec la promotion du bien-être mental, médical et social, et avec le rejet d’une société dure où le mal-être règne en maître.

Car l’heure est désormais à l’extension du domaine de nos luttes.

Sébastien ALEXANDRE

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