Demandes de traitement : des indicateurs aux origines.

Edito mai 2014 | 74,7% : c’est, à Bruxelles et en 2011, le pourcentage de demandes de traitement émanant de la propre initiative du patient. En Wallonie, ce pourcentage descend à 60,9%. En Flandre, à 29%. On pourrait donc se féliciter que près de trois patients bruxellois sur quatre fassent une demande de traitement de sa propre initiative : rien de mieux que la motivation intrinsèque de la personne pour initier et adhérer à un accompagnement psycho-médico-social. Mais qu’y a-t-il derrière ces chiffres émanant du rapport « TDI » 2011 et confirmés par le rapport 2012?

Rapide flash back : le TDI, acronyme pour Treatment Demand Indicator, constitue l’un des cinq indicateurs clés épidémiologiques construits par l’Observatoire Européen des Drogues et des Toxicomanies. Actuellement, dans le secteur spécialisé bruxellois, son utilisation est limitée aux centres de rééducation fonctionnelle financés par l’INAMI, rejoints depuis peu par l’asbl Transit. Mais dès le 1er janvier 2015, la quinzaine de centres actuellement agréés et financés par la COCOF seront invités à récolter leurs données dans un TDI revisité, le TDI 3.0.

Parce que le TDI se limite aux nouvelles prises en charge et à des items avant tout épidémiologiques, la Plate-Forme de Concertation en Santé Mentale intégrera ce TDI 3.0 dans une nouvelle version d’ADDIBRU, permettant le suivi des accompagnements et élargissant la liste d’items. Au-delà de permettre aux opérateurs de bénéficier d’un meilleur recul par rapport à leurs activités, le secteur bruxellois pourra baser ses analyses épidémiologiques sur une assiette plus vaste, permettant l’interprétation affinée de tendances émergentes. Par ailleurs, Eurotox finalise une analyse globale sur l’ensemble des centres participant à la collecte en Fédération Wallonie-Bruxelles

L’analyse de l’origine des demandes de traitement, par exemple, pourrait sans doute bénéficier de cet affinage. Car  les demandes doivent être perçues sous leurs multiples facettes : les motivations personnelles peuvent s’expliquer aussi par un certain isolement social, alors que les demandes émanant de la famille ou des amis tendent à prouver que le patient n’est justement pas isolé. Quant aux demandes émanant du large secteur socio-sanitaire, elles ont l’avantage de souligner que l’institution est inscrite dans le réseau de soins. Les résultats 2011 et 2012, peu univoques, nous empêchent toutefois d’aller plus loin que ces ébauches de réflexions.

Par contre, les demandes émanant du judiciaire sont davantage révélatrices. En 2011, on notait un très faible taux bruxellois : 1.9% des demandes émanaient de la police et de la justice, alors qu’elles s’élevaient à 9% en Wallonie et à 27,8% en Flandre. 2012 confirme ce faible pourcentage dans les centres bruxellois liés à l’INAMI.

Il est très probable que ces données soient corrigées lorsque les centres COCOF participeront à la collecte des données TDI. Mais il n’empêche, on peut s’interroger : n’y a-t-il pas davantage de passerelles à penser, entre la police et la justice d’une part, et une partie du secteur socio-sanitaire d’autre part ?

C’est notamment en faisant sauter ce verrou que le Portugal a pu concrétiser la politique drogues la plus avancée du début des années 2000, en créant la possibilité pour les usagers de drogues en contact avec la justice de se réorienter vers les soins.

Il revient donc sans doute encore au secteur socio-sanitaire de s’ouvrir aux patients issus d’une justice les criminalisant toujours : non seulement par des appels pour un transfert de la gestion des soins de santé en prison, mais aussi par davantage de rapprochements et de pratiques d’orientation permettant le passage plus aisé du judiciaire vers le socio-sanitaire.

Les indicateurs et enquêtes épidémiologiques sont là pour nous le rappeler.

Sébastien ALEXANDRE

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