Mémorandum et boules de gomme

Edito mars 2014 | A moins de trois mois des élections, le secteur bruxellois de la toxicomanie publie son mémorandum, travaillé en parfaite concertation entre ses différentes coupoles FEDITO BXL, FEIAT et CLDB. La symbolique de l’exercice concerté est forte : c’est d’une seule voix que parle le secteur pour défendre un projet ambitieux, à savoir la mise en place d’une réelle Politique Drogues à Bruxelles.

L’Observatoire Européen des Drogues et des Toxicomanies (OEDT) incite effectivement les Etats-Membres à définir des Politiques Drogues soutenues par des Plans Stratégiques et des Plans d’Action. Dans une Belgique aux compétences transférées, ce sera d’autant plus aux Régions qu’il reviendra de prendre à bras le corps ce travail ambitieux et d’anticipation.

L’anticipation première sera forcément celle des conséquences de la régionalisation, sachant que cette évolution porte en son sein autant d’opportunités que de dangers.

A ce jour toutefois, la régionalisation, c’est encore beaucoup de mystères et de boules de gomme. On connaît quelques grandes lignes pour notre secteur : des revalidations INAMI transférées à la COCOM ; un Fonds Assuétudes suivant le même mouvement, mais sans que la réallocation ne soit clairement précisée ; des compétences issues de la Fédération Wallonie-Bruxelles sans doute transférées à la COCOF ; et des compétences COCOF potentiellement transférées à la COCOM, à vérifier. C’est ce qui se dessine, sans toutefois que tout soit clair, sur les calendriers, les financements et les modalités pratiques.

Le secteur toxicomanie anticipe et déroule donc un mémorandum  où il assoit ses recommandations. L’enjeu fondamental, c’est la reconnaissance de la force de l’expertise d’un secteur propre et autonome, mais à la croisée de problématiques multiples et d’interventions diverses.

Parce qu’il est indéniable, d’une part, que les stratégies de prévention, de réduction des risques et de soins (du bas seuil au haut seuil), sont éminemment particulières : qui d’autre pourrait parler de promotion de la santé sans diaboliser l’usage de drogues, ouvrir des lieux de consommation à moindres risques, mettre en débat des modèles de réglementation du cannabis, ou encore développer la substitution à la diacétylmorphine ? Personne.

Parce qu’il est indéniable, d’autre part, que le secteur toxicomanie s’articule avec de nombreux secteurs connexes : que manque-t-il encore, après le social dans son acception très large (de l’exclusion à la réinsertion), le logement, le médical, la santé mentale, le judiciaire et le carcéral, l’enseignement, la jeunesse, etc. ? Pas grand monde.

Parce que le secteur toxicomanie est en même temps et intrinsèquement singulier et connecté, il défend plus largement la mise en place d’une Politique Sociale / Santé bruxelloise favorisant l’accessibilité de tous à l’aide et aux soins.

Nous n’attendons toutefois pas la concrétisation de la régionalisation pour ce meilleur accès : nous y travaillons depuis toujours. Le colloque TDO 4, dédié à la garantie d’accès à l’aide et aux soins, en est un exemple. L’appel pour un transfert des compétences « soins de santé des détenus » en est un autre, sachant que des expériences étrangères ont prouvé la plus-value de la gestion de problématiques de santé en établissement carcéral, par des autorités socio-sanitaires.

Echanger les expertises ; faire évoluer l’organisation de l’aide et du soin ; influer sur les réorganisations institutionnelles en cours ; voilà quelques enjeux partagés par trois coupoles et un seul secteur.

Sébastien ALEXANDRE

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