APPEL : Pour une diversité des pratiques médicales responsables

Une série de médecins généralistes sont actifs à titre exclusif dans un ou plusieurs type(s) de structures spécifiques comme les services de soins en toxicomanies, les centres de planning familial, la médecine scolaire, les soins palliatifs, médecine du sport,…. De part les spécificités inhérentes à ces pratiques, ces médecins généralistes sont menacés de perdre leur statut car les conditions d’agrément fixées dans l’AR du 01-03-2012 ne sont pas remplies. Un aménagement de la législation est nécessaire afin qu’un statut pour les médecins généralistes actifs en institution à titre principal soit défini. Les médecins rencontrant cette situation lancent aujourd’hui un appel que soutient la FEDITO BXL.

Pour une diversité des pratiques médicales responsables,

au bénéfice de la population, et aux côtés de la médecine générale telle que définie par l’AM du 1er mars 2010 fixant les critères d’agrément des médecins généralistes.

Des concepts à la réalité du terrain : la médecine non spécialisée n’est pas une !

Nous souhaitons nous adresser à l’ensemble de nos confrères, tous numéros inami confondus, des praticiens les plus classiques aux plus atypiques. Au-delà, nous voulons directement interpeller tous ceux, médecins ou non, décideurs ou non, et qu’ils en soient conscients ou non, qui sont concernés directement ou indirectement par les effets attendus et inattendus de cet arrêté ministériel. Nous ne voulons en aucun cas contester la nécessité et l’urgence de l’objectif – auquel nous applaudissons sans réserve – de redéfinir, revaloriser et refinancer le métier hautement spécifique et exigeant de médecin généraliste (acteur de soins de santé primaires par excellence). Nous craignons cependant que le cadre tel que défini actuellement, s’il prétend occuper tout le champ préalablement existant, mène à dessécher et réduire la diversité et la richesse des pratiques non spécialistes. Cette diversité inclut d’autres cas de figures, dont nous voulons souligner ici la nécessité de reconnaître et délimiter également leur légitimité et leur utilité.

Personne ne contestera que l’accroissement incessant des savoirs et de la complexité des techniques du champ médical rend de longue date impossible leur maîtrise par un seul homme, et explique donc le découpage de la profession en spécialités de plus en plus nombreuses et pointues. Si cela amplifie nos possibilités d’intervention, cela pose aussi d’énormes problèmes de maîtrise des coûts et d’articulation des choix thérapeutiques à une vision globale de la santé des individus.

Beaucoup de confrères restent persuadés que le spécialiste de cette vision globale a trop longtemps fait figure de parent pauvre de cette spécialisation des savoirs. Les raisons en sont multiples, et ce n’est pas l’objet ici de les déplier. Aujourd’hui cependant, de plus en plus clairement, le médecin généraliste redevient un acteur central du système de soins de santé. Et la spécificité de ses savoirs et de ses missions doit absolument être reconnue, renforcée et revalorisée. Il y va de la viabilité de notre système de soins de santé. C’est un fait, certes pas encore acquis, mais indubitablement établi, et cela en conséquence d’un combat long et persévérant.

Mais l’observation attentive du terrain montre que, loin des charlatanismes de tous poils, la complexité et l’organicité des sociétés humaines a vu émerger, en marge de ces grandes lignes de force, de nombreux dispositifs complémentaires. Ceux-ci sont de nature extrêmement variée et intéressent à chaque fois un nombre restreint de praticiens. Ce découpage et cette diversité rendent particulièrement complexe toute théorisation à leur sujet, et déforcent sévèrement la capacité des praticiens concernés à s’organiser pour défendre et faire valoir en commun leurs intérêts.

Peut-on pour autant en déduire qu’ils sont quantité négligeable ? En conclure que la meilleure lisibilité du système de soins et la revalorisation de la médecine générale devrait se faire sur leur dos ? N’y a-t-il pas au contraire lieu de s’apercevoir que leur apport est précieux ? N’est-il pas heureux, en définitive, que cet éclatement du champ médical ait mobilisé une telle créativité ? Et ne faudrait-il pas plutôt considérer que ces dispositifs multiples contribuent fortement à maintenir la continuité du maillage sanitaire ; un peu à l’instar du foisonnement associatif qui, tout en s’appuyant et en tendant à renforcer la légitimité de la force publique, vient en diversifier et en compléter l’action de façon salutaire et cumulative, à tel point qu’on imagine mal aujourd’hui les
évacuer du paysage sociétal!

Appel au dialogue et à une prise en compte nuancée des besoins de chacun !

Nous lançons, ici et maintenant, un appel à un dialogue ouvert avec toutes les parties concernées, pour que la dynamique en cours, de structuration plus cohérente et responsable du système de soins – effort colossal et indispensable – n’entérine pas les erreurs d’appréciation et de comptage dont la médecine générale est victime depuis de longues années. Des pratiques variées se sont développées à la marge du noyau dur de la médecine générale. Elles ne sont pour autant pas nécessairement, et certainement pas globalement, marginales dans le tissus des soins de santé. Nous voulons au contraire soutenir ici qu’elles sont absolument nécessaires là où elles se déploient.

Dans nombre de ces secteurs, on voit des dispositifs qui viennent en réalité complémenter la médecine de soins de santé primaires dans une logique de maximisation de l’accessibilité pour certains segments de la demande de soins, dans certains segments de la population. L’utilité de ces dispositifs est cautionnée tant par la sécurité sociale que par divers pouvoirs exécutifs et représentent des pans importants de la politique de santé de certaines entités du pays. S’il est salutaire que nombre des médecins y pratiquant puissent conserver une pratique de médecine générale, il est aussi nécessaire que certains médecins puissent s’y consacrer à temps plein. Nous sommes convaincus qu’une enquête approfondie montrerait que, loin d’être un concurrent de la médecine de soins de santé primaires face à la menace de pénurie médicale, ces pratiques généralistes spécifiques constituent des pôles de rétention dans la profession. Nous revendiquons (et y travaillons activement pour certains d’entre-nous) que, tant au plan de la formation que de la continuité des soins, ces pratiques spécifiques soient des alliées pour le système de soins, et en particulier pour la première ligne.

Pour une reconnaissance durable et sans laxisme !

Nous sommes à la fois riches de notre diversité, et desservis par elle. Un seul ne peut nullement esp&e
acute;rer représenter la majorité des confrères concernés – et nulle instance n’existe d’ailleurs qui puisse lui en octroyer le mandat, seulement l’un ou l’autre rassemblement informel de fait. Aujourd’hui, le cadre de l’AM ne nous laisse aucune place.

D’autre part, ce que nous savons des propositions syndicales, telles qu’elles sont formulées actuellement, ne nous rassure que très partiellement, d’autant plus que le contexte institutionnel du pays est en pleine mutation et que personne ne sait précisément comment il atterrira.

C’est pourquoi, à ce stade du débat, il nous paraît urgent et de la première importance de pouvoir formuler certaines propositions et revendications :

  1. Un statut doit pouvoir accueillir durablement les médecins praticiens non spécialistes, exerçant de façon légitime en dehors du cadre défini par l’AM ;
  2. Ce statut nous semble devoir être entériné par un numéro INAMI spécifique ;
  3. Un cadastre précis des pratiques concernées et des besoins légitimes des praticiens y afférents doit être établi, pour servir de base objective à l’élaboration détaillée du contenu de ce statut ;
  4. Des représentants des diverses pratiques recensées par ce cadastre devraient être associés de façon équilibrée à l’élaboration de ce contenu ;
  5. Ce statut ne doit pas pouvoir constituer un recul pour les médecins praticiens qui ont légitimement acquis un agrément par le passé et ont construit leur pratique dans le cadre de cet agrément, du fait qu’ils ne répondraient plus à des critères d’agrément secondairement renforcés ;
  6. Des critères adaptés de reconnaissance de ce statut devraient être élaborés, pour en justifier le contenu, en référence aux quatre pilliers constitutifs d’une pratique de qualité : nombre de contacts, tenue des dossiers, continuité des soins et formation continue.

Nous nous tenons à la disposition de tout interlocuteur qui souhaiterait réagir à notre position d’ouverture ainsi définie, ou qui serait disposé à entamer un dialogue sur cette base.

Dr Jerry Wérenne, médecin avec numéro INAMI de médecine générale, Médecin directeur au LAMA asbl, centre médico-social pour toxicomanes, Administrateur à la FEDITO bruxelloise asbl, Administrateur au Réseau Hépatite C – Bruxelles asbl., actuellement en défaut d’agrément, Dr Claire Rémy, médecin généraliste agréé, en défaut actuel d’agrément, Psychanalyste (Société Belge de Psychanalyse), anthropologue, Médecin responsable du SAT Réseau d’Aide aux Toxicomanes Dr Sylvie Blondel, centre médical Enaden, Dr Jean-François Leonard, Projet Lama, médecine scolaire, Dr Marceline Madoki, Projet Lama, Dr Judith Reymann, Projet Lama, Dr Irène Kremers, Diapason, Dr Caroline Colinet, RAT, Dr Maytham Abdul Latif, Free Clinic, Dr Michel Roland, MM Santé Plurielle, Dr Maria Emilia de Flores, MM des Primeurs, Dr Eric Cazes, MM des Primeurs, Dr Alexandre Davila, RAT, Dr François Laporte, RAT, Dr Francis Coupez, RAT, Antenne Nord Est CPAS de Bruxelles, Dr Javier Fernandez, RAT, Dr Valérie Alaluf, MM Marconi, Dr Patricia Cornejo, RAT, Dr Jean-Claude Hariga, Chargé des relations à l’Association Professionnelle des Médecins Scolaires, Dr Nguyen Phuong Vien, Projet Lama, planning, soins palliatifs, Dr Isabelle Moureaux, Centre Médical des Oliviers, asbl Constats, Dr Catherine de Patoul, MM de Forest, coopération au développement Dr Lucy Dever, MASS de Bruxelles, Dr Olivier Hubert, MM Horizons, Dr Caroline de Laminne, RAT, Dr Carmen Torrens

Tous médecins avec numéro INAMI de médecine générale, actuellement en défaut d’agrément,
ET/OU pratiquant entre autres au sein d’une structure de soins en danger de voir son cadre médical sévèrement amputé par les pertes d’agrément,
ET/OU soucieux de pouvoir continuer durablement à compter sur ceux d’entre-nous qui sommes à risque de perdre notre agrément, et reconnaissant par là notre rôle dans leur réseau professionnel.
Liste non exhaustive et en voie d’accroissement !

Appel Pour une diversité des pratiques médicales responsables

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