Etudes "Drogues en Chiffres III" : trop peu d’argent pour la prévention et la RdR!

L’étude Drogues en Chiffres a été réalisée par le Département de droit pénal et criminologie de l’Université de Gand dans le cadre du Programme de recherches drogues de l’Etat fédéral. Les résultats de sa troisième édition ont été présentés dans les locaux des services publics fédéraux la semaine dernière.

L’objectif de cette  étude  consiste à dresser « la carte des dépenses publiques relative à la politique de l’Etat belge et de ses entités en matière de drogues ».

Tous les niveaux de pouvoirs sont concernés, du fédéral aux communes en passant par nos régions et communautés. Les différents « piliers » des politiques en matière de drogues sont passés au crible : la prévention, l’assistance, la réduction des risques, le sécuritaire. Enfin, tous les produits sont concernés, les dépenses menées pour les produits psychoactifs licites (alcool, médicaments) étant désormais intégrés dans cette étude.

Cette troisième édition montre certaines tendances budgétaires dans ce domaine… Tendances qui ne réjouiront pas grand monde dans nos secteurs. En effet on consacre toujours moins d’argent aux activités de prévention, déjà largement sous-financées auparavant, tandis que l’on observe sur la même période une augmentation des dépenses de 30,62 % dans le pilier de la sécurité… Heureusement que la loi Alvoet a « bétonné » la priorité à la prévention sans quoi on a le droit de se demander où on en serait !

Principal constat dressé par les chercheurs : le pilier de la prévention n’est responsable qu’à hauteur de 1,36 % des dépenses publiques. S’agissant des drogues illégales, le budget consacré à la prévention a même reculé de 7 % entre 2004 et 2008. C’est notamment la fédération Wallonie-Bruxelles, et son système « d’enveloppe fermée » tant décrié par les opérateurs de terrain, qui est à l’origine de ce recul.

57 % du budget public lié à la politique des drogues, soit 553.217.388 €, est consacré à l’hospitalisation des personnes dépendantes à l’alcool. Cela rappelle l’enjeu de santé publique prioritaire que constitue la consommation abusive d’alcool, que ce soit par l’étendue de la consommation ou par les caractéristiques de ce produit entraînant des conséquences néfastes parfois très lourdes.

A l’inverse, (très) « peu de moyens sont destinés à l’assistance aux toxicomanes lors de leur détention. Ce point mérite pourtant qu’on y prête une attention accrue, étant donné que plus d’un tiers des détenus (36 %) ont consommé de la drogue en prison en 2008″, indique l’étude. Rappelons à cet effet l’urgence de mettre en place des dispositifs d’échanges de seringues en prison pour éviter les prises de risques aux nombreux détenus injecteurs. Les prisons devraient être les premiers endroits à bénéficier de bornes automatiques d’échange de seringues car peu de places concentrent une telle proportion d’usagers injecteurs.

Par ailleurs, la réduction des risques (testing des pilules, échange des seringues) fait l’objet d’un sous-financement structurel, « malgré son efficacité prouvée ». Si la reconnaissance de l’efficacité des projets de réduction des risques dans ce type d’étude ne peut que nous réjouir, la conclusion nous montre qu’il faut en urgence reconnaître la réduction des risques comme un des piliers des politiques de santé drogues. Cette reconnaissance doublée d’une répartition logique des compétences entre entités permettrait enfin à ce sous-secteur de sortir d’une demi-clandestinité et de conditions difficiles dans lesquelles les plongent nos pouvoirs publics.

Enfin la Belgique dépense peu, trop peu, dans le domaine des drogues illégales. 27,78 € par habitant et par an, à comparer aux 52 € annuels consacrés à ces dépenses au Luxembourg, ou aux 106 € investis par les Pays-Bas.

L’étude n’aborde pas certains sujets intéressants. Drogues en Chiffres n’intègre notamment pas les coûts social des drogues, ni les dépenses privées en la matière. Impossible donc, en attendant une prochaine édition, d’estimer les dépenses consacrées par les usagers de produits psychoactifs illicites pour satisfaire leur consommation. Dommage, en ces temps de pénurie budgétaire, il serait peut-être temps de penser à faire rentrer des recettes dans les caisses de l’Etat en réglementant les produits psychoactifs illicites. De nombreux consommateurs seraient certainement ravis de pouvoir faire enfin preuve de civisme économique.

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Ludovic HENRARD

FEDITO Bxl asbl

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