L’enregistrement TDI en Belgique – Rapport annuel, année d’enregistrement 2017 (Sciensano)

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Sciensano vient de publier son rapport annuel sur l’enregistrement TDI en Belgique, autrement dit, portant sur l’indicateur des demandes de traitement relatives à une consommation de drogues ou d’alcool (Treatment Demand Indicator ou TDI).

Les questions liées aussi bien aux substances licites comme l’alcool qu’illicites suscitent constamment le débat dans la société civile. En Belgique, que ce soit la mise sur pied d’un nouveau plan alcool, la légalisation du cannabis, l’ouverture de salles de consommation ou l’émergence du phénomène des nouvelles substances psychoactives, tous ces sujets ont été récemment discutés par différents acteurs de la vie politique et sociale.

Pour mener ces discussions, il est nécessaire de pouvoir se baser sur des données récurrentes factuelles, fiables et le plus à jour possible. En ce qui concerne l’usage de substances, les données disponibles sont relativement limitées en raison du caractère illégal ou stigmatisant de ce comportement. Mais lorsque les consommateurs commencent à rencontrer des problèmes et se font aider par des structures médico-sociales, il est alors plus facile de pouvoir étudier ce phénomène et d’obtenir des informations sur ces personnes et leurs habitudes de consommation.

L’indicateur des demandes de traitement relatives à une consommation de drogues ou d’alcool (Treatment Demand Indicator ou TDI) est l’outil de référence standardisé, utilisé depuis plus de 20 ans dans l’ensemble des pays européens ainsi que dans d’autres pays proches pour collecter ces informations. En Belgique, c’est en 2011 que cette collecte de données a été établie de manière plus systématique et centralisée. Depuis 2015, suite à l’entrée en vigueur d’un nouveau protocole et d’une obligation systématique d’enregistrement pour les structures hospitalières, l’indicateur a atteint une couverture satisfaisante et la comparabilité dans le temps a été facilitée.

Grâce aux données annuelles de presque 30000 épisodes de traitement collectées dans plus de 220 unités de traitement à travers tout le pays, le TDI est devenu, depuis son lancement, un indicateur épidémiologique incontournable pour toute recherche concernant la problématique de consommation de substances. Pour cette raison, nous collaborons étroitement non seulement avec l’Observatoire européen des drogues et toxicomanies mais également avec différents acteurs belges engagés dans la recherche en matière d’assuétudes (Eurotox, VAD, PFCSM, les universités ou d’autres services de Sciensano) afin de rendre accessible et de diffuser ces informations au plus grand nombre.

Ce présent rapport est également un moyen de diffuser l’information. Il se veut la porte d’entrée dans les données TDI. L’idée est de fournir, via un nombre important de tableaux de chiffres, une information qui soit la plus complète et la plus détaillée possible afin de permettre aux utilisateurs d’y trouver l’information utile relative à leur secteur d’activité. Enfin, la mise en perspective de ces données, notamment via une description détaillée du protocole d’étude ou via les commentaires des résultats, est essentielle pour permettre à tous les acteurs impliqués de près ou de loin dans la problématique des assuétudes d’interpréter correctement ces chiffres.

Faits saillants

● Les enregistrements liés aux opiacés sont en baisse constante depuis 2012 au sein du groupe de centres « témoins » mais également de manière globale dans toute la base de données. Seuls 14% des enregistrements mentionnent un opiacé comme substance problématique en 2017, alors qu’ils étaient encore 16% en 2015. Cette baisse concerne essentiellement l’héroïne et le mésusage de méthadone. Les autres substances opiacées comme le fentanyl sont relativement stables. Cette baisse des traitements pour l’héroïne peut être mis en parallèle avec la baisse du nombre de prescriptions pour la méthadone ou la buprénorphine depuis 2014 en Belgique. Cependant cette baisse est plus limitée. Nous sommes donc face à une population vieillissante en traitement de substitution présentant de nombreuses difficultés sociales et une consommation problématique (polyconsommation, injection).

● Le nombre d’enregistrements pour les stimulants sont par contre en très forte augmentation dans le TDI. Ils représentent 37% du nombre d’épisodes de traitement pour les substances illicites, une augmentation de 6% en 3 ans. Cela est surtout le cas pour la cocaïne et le crack même si le crack reste beaucoup moins fréquemment cité que la cocaïne en poudre (environ 5x moins fréquemment). On peut cependant suspecter un sous-rapportage du crack. En effet, nous observons une proportion importante d’enregistrements pour lesquels la cocaïne en poudre est rapportée comme étant fumée (environ 20%). Il pourrait s’agir d’usagers de crack qui préfèrent parler de cocaïne en raison de la stigmatisation de l’usage du crack. Ce phénomène est également observé dans d’autres pays européens. Pour répondre à cette demande croissante de traitement pour la cocaïne, de nouveaux programmes de traitements voient le jour en Flandre notamment avec la méthode utilisée chez De Kiem (Community Reinforcement Approach + Vouchers) grâce à l’édition d’un ouvrage à destination des professionnels qui souhaiteraient utiliser cette méthode.

● Le nombre d’usagers de cannabis entrant en traitement reste relativement stable depuis 2013. Il représente 1/3 des traitements pour les substances illicites. Par contre, plus de la moitié des 2700 patients annuels entrent pour la première fois de leur vie en traitement pour un problème d’assuétudes. En outre, la proportion d’épisodes de traitement pour lesquels un renvoi par la justice a été mentionné est important (29%). Il serait dès lors intéressant d’étudier le profil de ces renvois contraints par la justice en terme de consommation problématique et de voir dans quelle mesure ils touchent un public en besoin de traitement.

● Les demandes de traitement pour l’alcool dominent l’ensemble des demandes de traitement (53%) malgré une légère baisse entre 2016 et 2017 et près de 2/3 des épisodes renseignent l’alcool comme étant une substance problématique. A la différence des substances illicites près de 85% des épisodes de traitement sont enregistrés en structure hospitalière alors que cette proportion varie entre 20 et 30% pour les substances illicites. On note depuis 2015 une augmentation de la proportion des premiers traitements, un rajeunissement de l’âge lors du premier traitement et une augmentation de la proportion de femmes.

● Les enregistrements rapportant d’autres substances psychoactives comme les NPS (New psychoactive substances) ou le fentanyl restent très limitées en nombre absolu mais sont suivies de manière spécifique afin d’identifier d’éventuelles nouvelles tendances. Par exemple au cours des 3 dernières années, Sciensano a observé un doublement de la proportion d’épisodes rapportant la kétamine.

Télécharger le rapport TDI 2018 (Sciensano): En français / En néerlandais
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